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Comment les PME peuvent se prémunir contre les risques de change

18/02/2015

Les entreprises ont des outils pour se couvrir des fluctuations. Des experts conseillent de créer une entité à l’étranger ou d’équilibrer les coûts et les revenus.

Depuis le 15 janvier dernier, date à laquelle la Banque nationale suisse (BNS) a abandonné son taux plancher, les fluctuations des devises sont revenues au premier plan. Certaines entreprises ont réagi en appliquant d’emblée ou en réfléchissant à des hausses de prix ou des baisses de salaire. D’autres ont recours au « hedging » (couverture), c’est-à-dire une assurance contre les variations des taux de change.

« Depuis un mois, le téléphone n’arrête pas de sonner, des PME romandes à la tête de quelques millions ou dizaines de millions de chiffres d’affaires fortement exposées à l’euro, pour lesquelles une perte de 20% de revenus est tout simplement insoutenable», note Sébastien Rouzaire, dirigeant et fondateur de Kerius Finance, société indépendante de conseil et de services spécialisée en gestion des risques de marché, basée à Genève. «Aujourd’hui, ajoute-t-il, la question de la cherté du hedging est relative pour une société de 5 millions de francs de chiffre d’affaires dont 20% sont en euros, qui doit faire face à une perte de 200 000 francs suisses suite à la fin du cours plancher. La question est de savoir comment organiser sa continuité à 3, 6, 12 mois, en limitant les pertes futures dans une logique d’assurance tout en gardant une certaine flexibilité pour profiter de mouvements favorables des marchés. »

Le hedging couvre une palette de solutions qui tiennent compte du profil opérationnel d’une entreprise, de son point mort – moment à partir duquel elle commence à réaliser des bénéfices – et de sa rentabilité. « Ainsi, explique le responsable de Kerius Finance, une société qui réalise des marges nettes de 20%, dans le luxe par exemple, pourra envisager des stratégies de couverture basées sur des options, même si leur coût a augmenté en raison de la forte volatilité sur les marchés – la prime à payer représente 2 à 3% du montant couvert (comme pour une prime d’assurance) à l’heure où je parle. Une société industrielle comptant sur 5% de marge nette s’orientera, elle, vers des ventes à terme, qui consistent à acheter un taux de change à l’avance, pour lesquelles il ne faut rien débourser. Entre les deux, des stratégies de tunnels sont possibles, à prime nulle ou faible, sur une partie des expositions. »

L’opportunité de mettre en place une stratégie de hedging aujourd’hui s’apprécie en regard du retour sur investissement. Elle est particulièrement forte pour une entreprise qui n’a pas assez de réserves pour tenir et dont la part de son chiffre d’affaires en devises étrangères la met en danger.

« Nous avons décidé de couvrir notre budget 2015 avant les vacances de Noël », explique la directrice financière d’une PME genevoise qui emploie 92 salariés et réalise plus de 50% de son chiffre d’affaires en devises (qui souhaite rester anonyme). « Bien nous a pris, puisque au 15 janvier la couverture nous a permis de dégager un million de francs. Un million, cela préserve notre trésorerie 2015, et l’intégralité de nos emplois en 2015. Nous avons mis en place des instruments très simples, les ventes à terme. Concrè­tement, nous avons passé un contrat avec notre banque sur douze mois, selon lequel nos revenus en euros sont convertis en francs au taux de 1,20. Cette opération de couverture nous a donné un an de visibilité sans rien nous coûter. »

Se couvrir des fluctuations de change n’est pas l’unique mesure possible. D’autant qu’elle n’est pas forcément facile à mettre en œuvre. Pour Alexandre Cherix, responsable d’un des départements conseil de PricewaterhouseCoopers (PwC), «le hedging suppose une structure adaptée, des connaissances particulières mais aussi des entrées chez les banques actives de la place et expertes en la matière. Beaucoup d’entreprises ne peuvent s’offrir une couverture sur devises, chère et pas toujours efficace.»

Dès lors, « il semble plus judicieux pour les entreprises suisses exportatrices de renverser la problématique et de faire de la Suisse une zone d’exportation en créant une entité fiscale hors de Suisse, en France voisine par exemple », explique Alexandre Cherix. Cette entité abrite la plaque tournante opérationnelle où sont gérés les stocks, la logistique, la facturation-comptabilité, etc., la propriété intellectuelle et le management restant en Suisse. La Suisse devient ensuite un marché «export» où les produits ne transitent que pour le marché local.

« Une autre manière de faire, couramment pratiquée par des entreprises implantées dans plusieurs pays, poursuit le responsable de PwC, consiste à réduire leur risque net en devises en faisant «balancer» leurs revenus à l’exportation avec des charges également en monnaies étrangères. Ainsi, une start-up suisse qui a beaucoup de clients aux Etats-Unis ou en Europe pourrait centraliser ou regrouper ses coûts de marketing ou de communication à l’étranger. »

« Beaucoup de sociétés ne peuvent s’offrir une couverture sur devises, chère et pas toujours efficace »


18/02/2015