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L’investisseur doit se couvrir contre les risques de change

20/04/2015

Un portefeuille très diversifié ne peut pas se permettre, en particulier compte tenu de la situation actuelle du marché, de perdre des points de rendement en raison de taux de change instables.

Le 15 janvier, les investisseurs ont découvert dans la douleur l’impact majeur que peuvent avoir les fluctuations de taux de change.

La diversification est la clé du succès. Nombre d’investisseurs ont intégré ce principe et placent leur argent dans des classes d’actifs, marchés et secteurs divers. Cela leur permet généralement de réduire notablement le risque. Pourtant, un aspect est souvent négligé dans le cadre des investissements réalisés sur des marchés étrangers alors qu’il est décisif, en particulier pour les investisseurs suisses. En effet, dès qu’ils investissent en dehors des frontières du pays, ils risquent de subir les fluctuations des devises. Le 15 janvier a montré quelles pouvaient être les conséquences de telles variations: quelques minutes seulement après l’annonce faite par la BNS d’abandonner le taux plancher entre le franc et l’euro, les cours des actions et de l’euro ont dégringolé. La monnaie européenne a perdu presque 15 pour cent face au franc.

Deux questions se posent alors pour nombre d’investisseurs: doit-on vraiment investir dans des valeurs mobilières en devises étrangères? Et ces investissements en devises étrangères sont-ils associés à une prime de risque? Un coup d’œil rétrospectif permet de constater que le 15 janvier n’a pas été une exception. Dans le passé, le marché des devises a régulièrement subi des turbulences qui ont souvent entraîné des pertes massives. La valeur du rouble russe a été divisée par deux l’année dernière, par exemple. Le yen japonais a également infligé de lourdes pertes aux investisseurs.

De nombreuses études empiriques montrent que les monnaies étrangères ne génèrent pas de rendement positif à long terme. Au contraire, elles contribuent à la volatilité du portefeuille. Les risques liés aux devises étrangères ne sont pas suffisamment couverts par une prime de risque, parce que les éventuels gains de change sont éclipsés par les risques. Par ailleurs, il est quasiment impossible de prévoir l’évolution des cours de change.

L’industrie financière a identifié cette problématique et lancé sur le marché des produits de placement protégés contre le risque de change. L’engouement pour ces produits montre que le besoin était important, notamment en ce qui concerne les fonds indiciels cotés (ETF). L’année dernière 14,3 milliards de dollars ont été investis dans des ETF protégés contre le risque de fluctuation des taux de change, comme le montre le BlackRock ETF Landscape. Les premiers mois de l’année 2015, près de 7 milliards de dollars ont été investis dans ces produits. Le volume mondial des Hedged ETF s’élève aujourd’hui à 53 milliards de dollars. Il y a deux ans, ce volume était encore de 10 milliards.

En règle générale, la plupart des fournisseurs offrent une protection mensuelle contre le risque de taux de change pour des raisons de coûts. Une couverture quotidienne entraînerait une hausse trop élevée des coûts étant donné que les opérations à terme (forwards) devraient être ajustées au quotidien. Cela demanderait également d’ajuster quotidiennement les engagements en devises aux fluctuations des taux des divers titres, opérations sur capital ou modifications de la composition de l’indice. Cela entraînerait des coûts supplémentaires pour les investisseurs en ETF.

En revanche, avec une couverture mensuelle, les fournisseurs d’ETF assurent la devise étrangère de l’indice avec la devise de référence choisie. Chaque forward sur devise étrangère est vendu au taux garanti à un mois. Le montant des forwards vendus le dernier jour du mois de cotation du contrat correspond à la pondération de la capitalisation boursière des titres de l’indice. La contre-valeur sécurisée reste constante le mois durant. Les évolutions positives de la valeur de base au cours du mois peuvent cependant conduire à des risques de change. En revanche, les performances négatives sont ainsi protégées contre les fluctuations de taux.

Dans le passé, un certain nombre d’investisseurs auraient apprécié de disposer de produits protégés contre le risque de change. Notamment ceux qui ont investi sur le marché boursier japonais. L’indice MSCI Japan a enregistré une hausse de plus de 50 pour cent en 2013, par exemple. Mais un investisseur en francs suisses sans couverture du risque de change n’a profité qu’à moitié de cette envolée. En effet, l’autre moitié du gain de change a été perdu en raison de la faiblesse du yen.

Une protection contre les fluctuations des taux de change doit être envisagée pour les placements non seulement en actions, mais aussi en obligations. Les obligations des pays émergents et les obligations à haut rendement jouissent d’une popularité croissante en raison des faibles taux d’intérêt. Pourtant, ces placements exposent aussi les investisseurs au risque de change qui pourrait réduire à néant les gains déjà relativement faibles.

Une chose est certaine: un portefeuille très diversifié ne peut pas se permettre, en particulier compte tenu de la situation actuelle du marché, de perdre des points de rendement en raison de taux de change instables. Avec des fonds indiciels cotés (ETF) couverts contre le risque de change, il est possible de protéger de manière simple le noyau du portefeuille et de réduire la volatilité.

* Directeur d’iShares Suisse

La plupart des fournisseurs offrent une protection mensuelle contre le risque de change


20/04/2015