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Risque de change : pour quelle monnaie est-il judicieux d'envisager une couverture ?

12/10/2016

Le Brexit et le décrochage de la livre sterling par rapport à l'euro a remis le risque de change en pleine lumière. Yuan, real, rouble, ou encore franc suisse: toutes les monnaies ne peuvent donner lieu à une couverture du risque de change. Explications.

A l'occasion d'une conférence organisée par Objectif Cash, Sébastien Rouzaire, associé-fondateur de Kerius Finance, cabinet de conseil indépendant spécialisé en gestion des risques de marché, a rappelé que beaucoup d'entreprises étaient concernées par le risque de change, parfois en l'ignorant. Les entreprises qui n'avaient pas vu venir le Brexit et qui ne se sont pas couvertes vis-à-vis du risque de change s'en mordent certainement les doigts. La parité euro/livre sterling a en effet fait un bond de près de 10% après le vote, porté à 18% ces derniers jours, conséquence d'évocations de "hard Brexit ". Ce qui peut représenter beaucoup quand on a des clients ou fournisseurs en Grande-Bretagne ou une filiale anglaise avec laquelle on réalise des échanges en devises.

"Le Brexit pouvait se prévoir, pointe Sébastien Rouzaire, associé-fondateur de Kerius Finance, cabinet de conseil indépendant spécialisé en gestion et couverture des risques de marché. Il aurait été judicieux pour les entreprises exposées à la baisse de la livre sterling de se couvrir quelques jours avant le résultat, lorsqu'il était encore incertain, dans un but d'assurance, comme face à tout risque probable pouvant induire des conséquences importantes"

Marchés volatils

Sébastien Rouzaire conseille en effet de se couvrir vis-à-vis du risque de change. Car si le Brexit est l'exemple le plus récent, il est loin d'être le seul. " Les marchés sont volatils. Les parités fixes n'existent pas. Il est difficile d'avoir un cycle de 5 ans sans risque de devise ", insiste Sébastien Rouzaire.

Il donne l'exemple du franc suisse dont la parité avec l'euro a connu beaucoup de hauts et de bas. "Beaucoup d'entreprises ont arrêté leur couverture en 2014, pensant que ça ne bougerait plus. Jusqu'à un nouveau pic en 2015, observe Sébastien Rouzaire. Pourtant, il fallait continuer à se couvrir car il y avait des signaux faibles, comme les taux d'intérêt négatifs de la Banque nationale suisse ou les réserves en devises qui augmentaient rapidement."

Même le Yuan ne connaît pas de parité stable avec le dollar : quel est alors l'intérêt de produire en Chine pour des questions de coûts si on est ensuite confrontés à des problèmes de change non gérés et non budgétés ?" La volatilité habituelle d'une devise comme le dollar US, le yen ou la livre Sterling contre euro se situe entre 10 et 15% sur un horizon d'un an, ce qui n'est pas neutre", rapporte Sébastien Rouzaire.

Se couvrir pour se donner le temps de trouver des solutions

Si les entreprises ne se couvrent pas, c'est bien souvent pour une prétendue question de coût. Or, objecte Sébastien Rouzaire, "il faut se poser la question des cours à terme qui peuvent être favorables ". Selon lui, se couvrir ne coûte pas forcément cher, notamment lors des périodes calmes.

Risques de change futurs

Et cela peut permettre de contrôler les risques de change futurs, qui ne sont généralement pas prévisibles. " Se couvrir permet de minimiser les effets des fluctuations des devises sur le résultat, d'accroître la visibilité sur les flux de trésorerie futurs, de faciliter la fixation des prix import et export et surtout de protéger la compétitivité de l'entreprise temporairement, le temps qu'elle mette en place des remèdes durables ", énumère Sébastien Rouzaire.

En effet, gagner de l'argent grâce à une couverture n'est pas nécessairement une bonne nouvelle : c'est qu'il y a bel et bien un problème de fond qu'il va falloir résoudre. Mais cet argent donne le temps de trouver des solutions tout en limitant la casse.

Formaliser sa politique de gestion des risques de change

Se couvrir n'est pas toujours la solution : il n'est par exemple pas évident de couvrir le rouble russe ou le real brésilien pour un exportateur. Mais ne pas se couvrir ne signifie pas qu'il ne faut pas gérer le risque de change. Sinon, c'est de la spéculation ou la loterie. Plusieurs solutions existent : budgéter pour s'auto-assurer, par exemple. " Simplement réfléchir à tous les problèmes liés aux taux de change permet d'en régler une grande partie en adaptant le modèle d'affaires, de facturation, de paiement etc...", affirme Sébastien Rouzaire.

Il s'agit donc de formaliser une politique de gestion des risques de change en identifiant et quantifiant les risques, en se donnant des objectifs, en déterminant les outils et instruments à utiliser, les mesures à effectuer et en effectuant un reporting de contrôle et de performance. " Formaliser permet aussi d'éviter que les gens ne se souviennent pas bien des décisions prises. Cela permet de protéger le CFO ", pense Sébastien Rouzaire.

Ne pas facturer en euros pour déléguer le risque de change

Et attention aux fausses bonnes idées. Comme réaliser ses échanges en euros pour déléguer le risque de change aux clients et aux fournisseurs. " Une petite entreprise risque de ne pas tenir en cas de krach. Et perdre un fournisseur peut engendrer de nombreux problèmes ", avertit Sébastien Rouzaire. Le danger est aussi le manque de visibilité.

Sébastien Rouzaire donne l'exemple d'une entreprise qui se fournissait en Chine en euros : quand le dollar a pris 20 centimes contre euro fin 2014/début 2015, le fournisseur a indiqué qu'il allait répercuter à son client la hausse correspondant à son propre manque à gagner dans le temps. " Le problème était que l'entreprise ne pouvait pas savoir quand cela allait être répercuté et estimer le niveau de son EBITDA 2015, pointe Sébastien Rouzaire. Si vous facturez en euros, mettez dans votre contrat une clause d'indexation pour réintroduire de la transparence dans le système et ne pas subir une demande de baisse de prix de vente ou de hausse de prix d'achat sans préavis "

En revanche, si une clause d'indexation totale est prévue dans le contrat, il ne faut pas se couvrir ; sinon on peut être perdant des deux côtés ! Autre erreur à ne pas commettre : se couvrir pour seulement 95% des scénarios de marché défavorables. Les 5% restants peuvent arriver plus souvent qu'estimé et être très dommageables.

Eve Mennesson - DAF MAG


12/10/2016