Retour au blog

Trois ans n’ont pas suffi à certaines PME pour s’adapter au franc fort

22/01/2015

Vent de panique. L’économie suisse a été prise au dépourvu par l’abolition du taux plancher jeudi passé vers midi. Les entreprises spécialisées dans la couverture de change sont depuis submergées de demandes d’aide. Un exemple parmi d’autres: Kerius Finance, société franco-genevoise de conseil et de services spécialisée en gestion de risques de marché. Basée au bout du lac depuis cinq ans, cette entité a supervisé en 2014 quatre milliards d’euros (transactions financières, couvertures et produits dérivés), dans 20 devises. Entretien avec son fondateur Sébastien Rouzaire, ex-responsable de trésorerie chez LVMH et Bouygues.

Le Temps: Comment se présentent vos activités depuis la fin du taux plancher?

Sébastien Rouzaire: Ces cinq derniers jours, j’ai reçu entre 20 et 30 appels spontanés de directeurs financiers, de fonds d’investissement privés ou de Family Offices. Une telle concentration de demandes de conseils et d’assistance est très inhabituelle. Ce contexte est très porteur pour ma société. Il faut en général plusieurs semaines de discussion pour signer une lettre de mission avec un client. Depuis jeudi passé, j’ai conclu près de dix contrats. Et je suis sollicité pour plusieurs conférences sur les risques de taux de change, de taux d’intérêt et de matières premières ces prochains temps.

– Peut-on parler de panique?

– Oui. J’ai des demandes provenant de toute la Suisse et de France. L’électrochoc est de grande ampleur.

– Pourquoi cette urgence du moment?

– Nombre d’entreprises s’étaient «endormies», convaincues que le taux plancher tiendrait encore longtemps. Elles ont abandonné toute veille ces trois dernières années. Et ne se sont pas du tout préparées au retour du franc fort.

– Pouvez-vous décrire ces nouveaux clients venus vous voir?

– Dans l’ensemble, il s’agit de sociétés de taille moyenne et intermédiaire, exposées dans certains cas à hauteur de plusieurs centaines de millions par an. Parmi elles, certaines n’ont pas de lecture précise de ce qui se passe, ne sachant parfois pas qu’il est possible de se couvrir contre le risque de change. D’autres n’ont pas le temps ou les ressources pour le faire. Et il y a celles qui, non exposées à l’euro, ont soudainement pris peur face au dollar.

– Quelles mesures préventives ont pris ces sociétés avant de vous consulter?

– Beaucoup ont gelé leurs embauches, leurs investissements ou leurs signatures de contrats depuis une semaine. Elles sont dans l’attente que la situation se stabilise pour estimer leurs coûts.

– Qu’attendent-elles de vous?

– Essentiellement des explications et des solutions ou stratégies de couverture pour encaisser des chocs à venir.

– Vu l’engouement pour vos services, prévoyez-vous d’augmenter vos tarifs?

– Non, je suis une logique patrimoniale et ne souhaite pas profiter de la situation pour faire du profit exceptionnel, mais développer ma clientèle. A elle seule, la situation pourrait accélérer la croissance de ma société et, qui sait, me permettre d’engager un neuvième collaborateur.

– Quelle est votre vue sur l’évolution du franc face à l’euro?

– Mon approche est préventive. Je ne prodigue aucun conseil sur la base de pronostics, mais plutôt sur une analyse de risques potentiels. Je peux en revanche vous donner mon avis. Ces prochaines semaines, les pressions à la baisse de l’euro pourraient s’accentuer. Les actions de la Banque centrale européenne seront primordiales. Quant à la BNS, elle ne peut sans doute pas faire grand-chose si les marchés continuent de considérer notre monnaie nationale comme une valeur refuge.


22/01/2015