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Yuan / Renminbi : Le risque va-t-il augmenter ?

12/04/2017

La Chine commémorait en 2016 les 40 ans de la mort de Mao : c'est cet évènement qui a ouvert la porte à l'ouverture économique de la Chine, qui a adopté la plupart des règles de l'économie de marché à partir de 1978, sous le nom d'économie socialiste de marché. Cette libéralisation lui a permis de connaître des taux de croissance très élevés, parfois supérieurs à 10% par an. Pour réaliser cette performance, elle s'est résolument appuyée sur les exportations, profitant ainsi de coûts de main d'œuvre plus bas que ceux de ses compétiteurs, notamment occidentaux. Cet avantage compétitif a été monétisé par les autorités monétaires chinoises, qui ont dévalué leur monnaie à plusieurs reprises : en 1981, il fallait 1.53 yuan (aussi appelé renminbi) pour un dollar américain, en 1993, il en fallait 8.77, soit une division de sa valeur par presque 6 ! Aujourd'hui, le $ s'échange contre 6.85 yuans, contre 6 yuans en 2014. Ainsi, le renminbi a perdu 12,5% de sa valeur en deux ans. L'essoufflement de la croissance, au plus bas depuis 26 ans, a sérieusement entamé la confiance des investisseurs internationaux dans la devise, désormais à son plus faible niveau depuis huit ans face au dollar. Car le formidable potentiel de croissance de la Chine a bien évidemment attiré de nombreux investisseurs étrangers. Ainsi ont été investis en Chine des dizaines de milliards, lesquels pour se maintenir ont besoin d'une économie forte, et donc d'une devise forte. Or, la baisse du yuan provoque des sorties de capitaux importantes, dont la Chine a cruellement besoin pour financer sa croissance.

Une croissance alimentée par les exportations, puis par les investissements

Si pendant des années la Chine a eu besoin, pour favoriser ses exportations, d'un yuan sous-évalué, ce n'est plus le cas aujourd'hui. La Chine a besoin d'un yuan fort pour, sinon attirer les capitaux étrangers, au moins stopper les sorties de capitaux. La Chine a accumulé des réserves de change pléthoriques grâce à ses excédents commerciaux pendant des années, mais aujourd'hui, ces réserves sont très largement entamées par les interventions de la banque centrale, la Banque Populaire de Chine, pour stopper la chute de sa devise. Quotidiennement, la BPC vend des devises pour soutenir le cours de sa monnaie. Résultat, le montant des réserves de change, qui culminaient à 4 000 milliards de $ en juin 2014, ont fondu de près de 30%, à 2 810 milliards de $ « seulement » à fin janvier 2017.

Ce niveau commence à inquiéter certains analystes car, à ce rythme, la BPC n'aura bientôt plus de réserves. Le gouvernement a beau mettre en place de nouvelles contraintes réglementaires pour lutter contre les sorties de capitaux, le yuan ne parvient pas à remonter. La Chine est donc quasiment désarmée dans cette lutte pour sauver sa monnaie. Paradoxalement, la nouvelle administration américaine accuse la Chine de manipuler sa monnaie pour favoriser ses exportations, alors qu'en fait, elle dépense des milliards de $ pour la soutenir ! Si elle arrête de le faire, elle pourrait dévaluer brutalement.

Le difficile (impossible ?) contrôle du cours de change…

Comment la Chine peut-elle sortir de cette situation ? Si elle cesse ses interventions, le yuan risque de s'effondrer, provoquant d'une part la panique des investisseurs internationaux, et d'autre part la colère des américains prêts à déclencher une guerre des changes, assorties de barrières douanières sur les produits chinois. Rappelons que les Etats-Unis sont le premier client des chinois… Si au contraire, ils continuent d'intervenir, ils vont dilapider leurs réserves de change, en pure perte probablement, car l'histoire nous enseigne que les interventions des banques centrales n'ont jamais été efficaces à long terme. Tout au plus ont-elles ralenti le mouvement temporairement.

La Chine a déjà indiqué en 2016 qu'elle défendrait sa parité contre un panier de devises et plus face au seul dollar US. Peut-on dès lors imaginer que la Chine décide officiellement de laisser flotter totalement sa devise ? Cela pourrait en effet être une option. Ce faisant, la Chine se mettrait à l'abri des accusations américaines de manipulation du cours de change. La réaction serait vraisemblablement une baisse importante et rapide de sa devise, mais une fois les ajustements effectués, celle-ci finirait par se stabiliser. Et on peut imaginer que les investisseurs internationaux seraient plus à même de s'intéresser à une devise totalement librement négociable. Reste qu'une telle décision n'est pas facile à prendre par des dirigeants culturellement habitués à une gestion plus dirigée.

Une volatilité pérenne sur les parités

L'incertitude est donc totale sur l'évolution de la devise chinoise, contre euro ou dollar US. Tant pour les importateurs que pour les exportateurs, il est impérieux, dans ce contexte, de couvrir dès que possible ses expositions sur le Yuan. Fort heureusement, le marché offre des possibilités de couverture grâce au Yuan offshore coté à Hong-Kong (CNH) contre les principales devises (EUR, USD, CHF, …), qui présente un bon niveau de corrélation avec ce dernier (cf. graphique ci-dessous).

Historique des parités CNY et CNH contre USD

Historique des parités CNY et CNH contre USD


12/04/2017